V&A Friday Late – une nuit au musée

by londresalacarte

Vendredi soir, j’ai passé la soirée au V&A. Oui, car tous les vendredis, le musée reste ouvert jusqu’à 22h à l’occasion des “V&A lates”. Si certains espaces sont fermés au public, la plupart des expositions du moment sont accessibles au public. En plus de cela, des DJs sont là pour mettre l’ambiance et vous pouvez déambuler d’une exposition à l’autre avec un verre de vin à la main. Plutôt sympa donc, et ça change des traditionnelles fin de semaine au pub.

J’y suis allée car je voulais absolument voir l’exposition Memory Palace, qui se termine aujourd’hui, et je n’ai pas été déçue.

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À travers une vingtaine d’installations en tout genre réalisées par des graphistes, typographes et illustrateurs, l’auteur britannique Hari Kunzru plonge les visiteurs dans un univers dystopique qui rappelle un peu celui de Fahrenheit 451. Suite à une tempête magnétique ayant complètement détruit les infrastructures de notre société d’information, les humains se retrouvent forcés à vivre une vie d’une extrême simplicité. Tout ce qui pourrait conduire au rétablissement de la vie moderne telle qu’on la connaît actuellement est banni par The Thing, un gouvernement autoritaire qui n’hésite pas à emprisonner et torturer tous ceux qui tenteraient de s’opposer au retour à la nature.

Le récit, tout comme la manière dont il est conté, sont captivants. On se promène dans cette histoire en 3D en s’interrogeant sur la manière dont on vit à notre époque, et sur le rôle joué par les nouvelles technologies dans la conservation de la mémoire. L’exposition se termine par une question, qui laisse elle aussi à méditer : “si vous ne deviez garder qu’un seul souvenir, lequel serait-il ?” (j’y ai bien réfléchi, mais je n’ai toujours pas la réponse).

Autre exposition à voir en ce moment au V&A, celle d’Elmgreen & Dragset. Le collectif scandinave, plus connu pour avoir installé un cheval à bascule sur l’une des colonnes de Trafalgar Square ou encore un magasin Prada en plein milieu du désert du Texas, célèbre la réouverture des Textiles Galleries avec une installation originale baptisée “Tomorrow”.

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L’exposition invite les visiteurs à pénétrer à l’intérieur de l’appartement d’un certain Norman Swann. Issu d’une famille bourgeoise, à en juger par les portraits au mur et la collection d’antiquités qu’il possède, Norman se trouve sur le point de déménager. Les cartons sont à moitié faits, et on comprend assez facilement, de par les tableaux manquants au mur et l’état de délabrement des lieux, que Norman est en difficulté financière. Un tour par son atelier ainsi qu’un coup d’oeil rapide à son imposante bibliothèque nous en apprennent plus sur la vie de ce vieil homme : ancien architecte, Norman a très certainement raté sa carrière. Je m’assieds un instant sur l’une des banquettes confortables du salon, pour feuilleter l’un des magasines posés sur la petite table devant moi. Je jette un oeil aux photos dans le couloir puis à celles en noir et blanc posées sur le piano. Je furète un peu partout, tel un détective cherchant à en apprendre un peu plus sur cette homme mystérieux. Je regarde la paperasse étalée sur son bureau, j’examine un ticket de caisse de supermarché dans le vide-poche de l’entrée, je découvre une boite d’antidépresseurs dans la table de nuit. Les artistes ont si bien fait leur travail, qu’on se prend à croire que Norman, qui n’est qu’un caractère fictif, a réellement existé et qu’il pourrait même rentrer d’une minute à l’autre. Justement, en repartant, je croise l’un des surveillants de l’exposition, ingénieusement déguisé en majordome. Je le salue, comme pour dire au revoir.

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En transformant les galeries en décor de film* Elmgreen & Dragset nous encouragent, l’air de rien, à découvrir les objets des collections du musée. Un pari donc réussi pour le duo, et une mise en scène intéressante que d’autres musées pourraient bien leur envier.

* Un petit livre intitulé “Tomorrow – Scénario d’un film non réalisé” est disponible pour ceux qui souhaiteraient faire plus ample connaissance avec Norman au fil de la visite. Il est divisé en 13 scènes, chacune des scènes se passant dans une pièce spécifique de l’appartement.

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